Qu’est-ce que la maîtrise de soi et la gratification différée ?

La maîtrise de soi est un aspect fondamental de la personnalité qui conduit au bien-être et à la réussite. Pouvoir retarder la gratification implique la possibilité d’attendre pour obtenir ce que l’on veut. Ce type de prise de décision est pratiqué chaque fois qu’on parvient consciemment à renoncer à une récompense immédiate pour récolter les fruits d’un objectif plus lointain. Une des plus importantes expériences de psychologie comportementale à cet égard a été menée par Walter Mischel à Stanford pour la première fois et répétée plusieurs fois dans le temps. Ces études désormais célèbres, connues sous le nom d’expérience de la guimauve de Stanford, sont à la base de notre compréhension psychologique actuelle de la maîtrise de soi. Ils vous ont fourni des preuves substantielles que la capacité de l’individu à retarder la gratification joue un rôle important dans la réalisation de ses objectifs et sa réussite.

Contrôle de soi et gratification différée

La réalisation de la gratification différée peut être d’une grande importance, en ce qui concerne le contrôle de soi et la réalisation de ses objectifs. Quiconque est capable de résister à une récompense immédiate et de retarder la gratification, est également capable de maintenir un excellent contrôle de soi, ce qui lui permet de se fixer des objectifs à long terme. Cette capacité, à résister à la tentation est souvent définie comme la volonté ou la maîtrise de soi, qui commence dès l’enfance. La gratification différée implique la capacité d’attendre pour obtenir ce que l’on veut.

Qu’est-ce que la gratification différée ?

Que faites-vous devant des aliments délicieux et tentants lorsque vous essayez de perdre du poids ? Si vous cédez à la tentation, vous risquez de compromettre votre régime alimentaire, mais profitez d’une gratification instantanée. Mais si vous pouvez y résister, vous recevez une récompense encore plus grande parce que vous pouvez atteindre votre objectif. Cette capacité, à résister à la tentation et à s’en tenir à vos objectifs est une gratification différée. Elle est souvent considérée comme un élément central de la volonté ou de la maîtrise de soi. On est en mesure de reporter ce qu’on veut maintenant afin de pouvoir obtenir quelque chose de mieux plus tard. La capacité à reporter la satisfaction semble également avoir un impact important sur la réussite à long terme dans la vie et le bien-être en général.

Guimauve ou la maîtrise de soi chez les enfants

Comme il l’est déjà dit, l’expérience dite de la guimauve menée par le psychologue Walter Mischel est considérée, en science, comme l’une des expériences les plus réussies sur le comportement. Dans cette expérience, Mischel et ses collègues voulaient voir si les enfants d’âge préscolaire avaient déjà développé la capacité mentale de résister à la tentation d’une petite récompense, pour en gagner une plus grande plus tard. Ainsi, un groupe de 600 enfants de quatre ans s’est vu offrir une guimauve, un bonbon très savoureux, pour les enfants des pays anglo-saxons. En même temps, un autre était promis à ceux qui ne succombaient pas à la tentation de manger le premier immédiatement.

Autocontrôle, combien de temps ont-ils pu reporter la gratification ?

Il a été tenu compte de la durée pendant laquelle chaque enfant pouvait résister à la tentation de manger sa guimauve. Certains enfants n’ont pas pu résister à la tentation et ont immédiatement mangé les bonbons, d’autres ont pu attendre jusqu’à dix minutes, et même quinze minutes. En fait, le but de la recherche était de comprendre le contrôle que les enfants ont sur la gratification différée. Quelle est la capacité d’attendre pour obtenir ce que l’on veut et comment cela se développe chez les enfants ?

Quel a été le résultat de l’étude ?

Les mêmes sujets ont été suivis, environ quatorze ans plus tard, à l’approche de l’adolescence, au moyen de questionnaires évaluant divers aspects du caractère et des performances scolaires. Les résultats ont été surprenants, ceux qui ont pu exercer un contrôle cognitif sur les impulsions immédiates ont également fait état de résultats scolaires meilleurs et plus fructueux dans la vie. Au contraire, ceux qui étaient incapables d’exercer un contrôle cognitif sur les impulsions immédiates étaient susceptibles de développer des problèmes de comportement et une mauvaise socialisation. L’estime de soi était également compromise et éprouvait d’importants sentiments de frustration. Mais la question est de savoir si une telle capacité à différer l’impulsion immédiate s’exprime en termes de différences neurobiologiques ? L’expérience a été récemment répétée sur des sujets d’une quarantaine d’années. Pour répondre à cette question, les sujets ont été soumis à une expérience similaire à l’originale, mais avec une nouvelle tâche adaptée à leur âge. Au cours de l’expérience, leurs corrélats cérébraux et neuronaux ont été observés. Les résultats sont rapportés dans un article récemment publié dans “Pnas” : corrélats comportementaux et neuronaux de la gratification des retards 40 ans plus tard.

Résultats

Sujets qui, enfants, ne pouvaient pas contrôler l’impulsion, les adultes signalent la même tendance et compromettent leur bien-être et leur apprentissage. Il a également été constaté que cette capacité a une contrepartie au niveau du cerveau, c’est-à-dire des corrélats neuronaux. Un certain nombre de zones du cerveau sont impliquées, notamment :

  • Le striatum ventral, qui correspond au centre de la récompense et intercepte ce qui vous procure le plaisir le plus immédiat. On sait qu’il est impliqué dans le jeu et d’autres addictions pathologiques.
  • Le gyrus frontal du lobe frontal inférieur, qui correspond à l’inhibition de comportements indésirables.

La personne qui a des difficultés à se contrôler montre une activation excessive du striatum ventral, ainsi qu’un recrutement insuffisant du gyrus frontal inférieur.

Obtenir la maîtrise de soi

Il est également démontré que les enfants ne peuvent apprendre à différer la satisfaction de leurs besoins que s’ils vivent dans un environnement stable et fiable. La capacité à manipuler l’environnement est très importante et dépend non seulement de la capacité innée à se maîtriser, mais aussi de la décision rationnelle de considérer l’attente comme plus pratique que la satisfaction immédiate de l’impulsion. Les données scientifiques confirment que les enfants sont très sensibles aux certitudes ou aux incertitudes de leurs conditions de vie. Ce qui vit dans un environnement précaire tend à satisfaire l’impulsion immédiatement, car c’est le choix le plus raisonnable. 

Il est essentiel d’aider les enfants à grandir en confiance dans leur environnement, car ils seront ainsi plus capables de se maîtriser et, selon la recherche sur la guimauve, ils auront plus de chances de devenir des adultes qui réussissent mieux.